Gênes : Voyage au cœur d’une cité où le numérique s’écrit en chiffres romains

Étudier les Humanités Numériques, c’est souvent jongler entre des concepts abstraits et des écrans. Mais ma mobilité à l’Université de Gênes a donné une tout autre dimension à ma formation, celle d’une immersion physique dans une ville labyrinthe, où la technologie de pointe se niche dans des palais du XVIIe siècle.

Gênes saisit d’abord par son contraste. C’est une ville qui se mérite, faite de petites rues étroites et sombres, les fameux « caruggi », qui débouchent sans prévenir sur des places baignées de lumière. Pour prendre la mesure de cette cité portuaire, il faut grimper jusqu’à la Spianata di Castelletto. De ce belvédère, la vue est tout simplement magnifique : on domine une mer de toits en terre cuite, les grues du port et l’horizon à perte de vue. C’est ici que l’on comprend l’âme de Gênes, une ville qui s’est construite strate après strate, entre mer et montagne. Et même si j’avais déjà découvert cette ville l’été dernier, je l’ai re-découverte sous un autre angle qui m’a encore plus séduit. 

Cette superposition du temps se retrouve jusque dans les couloirs de l’Université. Lors du workshop Genoa-Nice VR-AI à l’Aula Mazzini, j’ai été fasciné par le travail de l’architecte qui a su restaurer ces lieux. Le design est d’une élégance rare : l’ancien est préservé, mais réinventé avec une touche moderne. La signalétique, où des chiffres romains élégants désignent les salles, est un rappel constant du prestige de l’institution, même quand on y débat de l’impact de l’IA générative sur nos archives audiovisuelles.

Durant le séminaire, les échanges ont été denses. On a parlé de la « généricisation » des images et du risque de perdre notre singularité face à des machines qui standardisent tout. Un concept a particulièrement résonné avec mes études : le paradoxe de Moravec. C’est cette idée que l’IA peut battre n’importe qui aux échecs, mais qu’elle éprouve encore des difficultés à simplement marcher ou percevoir un objet, des tâches que nous faisons sans y penser.

Ce paradoxe est devenu concret lors de la visite à la Casa Paganini. Dans cet ancien monastère transformé en laboratoire, nous avons assisté à une démonstration de motion capture utilisant une simple Kinect d’Xbox 360. Voir cet accessoire de jeu vidéo détourné par l’UniGe pour la recherche scientifique est tout simplement fantastique et plutôt cool. En quelques secondes, le système transforme votre silhouette en un réseau de points 3D sur l’écran.

Mais l’intelligence réside dans l’analyse : grâce aux théories du mouvement de Rudolf Laban, le logiciel ne regarde pas seulement où vous allez, il analyse comment vous y allez. Est-ce un geste direct ? Flexible ? Soudain ? En observant ces graphiques de Motion Index, j’ai réalisé que cette technologie pourrait être révolutionnaire pour les kinésithérapeutes. Imaginez suivre la rééducation d’un patient avec une précision chirurgicale, détectant des micro-asymétries invisibles à l’œil nu, le tout grâce à une caméra à 30 euros.

Je repars de Gênes avec la conviction que l’innovation n’est jamais aussi puissante que lorsqu’elle s’appuie sur l’histoire. Entre les ruelles médiévales et les algorithmes de pointe, cette mobilité m’a prouvé que la donnée numérique est, elle aussi, une forme d’humanisme.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut